Ce que la recherche spatiale a déjà apporté sur Terre
Le capteur de l'appareil photo d'un téléphone, la couverture de survie, l'eau potable tirée des eaux usées : des technologies nées pour l'espace servent tous les jours sur Terre. Inventaire des exemples vérifiés, et de quelques légendes tenaces.
Depuis 1976, la NASA publie chaque année un recueil, Spinoff, consacré aux produits et services nés de ses recherches ou améliorés grâce à elles. Selon l'agence, il en a présenté plus de 2 000. Le spatial n'a pas tout inventé, loin de là ; mais ses contraintes extrêmes, du poids compté au gramme jusqu'à l'isolement total des équipages, ont poussé des technologies que l'on retrouve aujourd'hui dans les poches, les hôpitaux et les camps de secours.
Un capteur d'images dans chaque téléphone
Au début des années 1990, une équipe du Jet Propulsion Laboratory (JPL) dirigée par Eric Fossum cherche à réduire la taille des caméras embarquées sur les sondes interplanétaires, sans sacrifier la qualité des images. Elle met au point le capteur à pixels actifs CMOS, qui intègre l'électronique de lecture et la conversion numérique sur la même puce. Selon le JPL, il consomme environ cent fois moins d'énergie que les capteurs qui l'ont précédé.
En 1995, Fossum et des collègues fondent l'entreprise Photobit, qui obtient une licence exclusive du JPL et commercialise les premiers capteurs CMOS. La technologie a ensuite gagné les webcams, les appareils photo numériques, l'imagerie médicale et les téléphones portables. C'est sans doute la retombée spatiale la plus répandue au monde.
La couverture de survie
La fine feuille dorée ou argentée des trousses de secours vient elle aussi de l'espace. Pour protéger ses engins des écarts de température sans les alourdir, la NASA a fait développer un film plastique métallisé sous vide, recouvert d'une couche d'aluminium qui réfléchit l'infrarouge. Selon NASA Spinoff, ce matériau a équipé pratiquement toutes les missions, habitées ou non.
En mai 1973, la station Skylab perd son bouclier thermique au lancement et sa température intérieure s'emballe. Les ingénieurs conçoivent en quelques jours une ombrelle de secours en nylon, Mylar et aluminium, déployée par l'équipage : la station est sauvée. Les mêmes films, découpés en couvertures, limitent aujourd'hui la perte de chaleur des victimes d'accident, des coureurs et des naufragés.
Boire l'eau d'hier
Une station spatiale ne peut pas embarquer toute l'eau dont elle a besoin. Dès 1979, les navettes spatiales purifient l'eau de bord par un petit dispositif qui libère de l'iode. Plus tard, le centre Marshall de la NASA développe pour la Station spatiale internationale un système de recyclage de l'eau, qui traite l'humidité de l'air, les eaux de lavage et l'urine. Le procédé a été adapté par une entreprise américaine, Water Security Corporation, à des unités de purification destinées à des zones rurales et aux secours après catastrophe.
En juin 2023, la NASA a annoncé que la station récupérait désormais 98 % de l'eau embarquée, contre 93 à 94 % auparavant, grâce à un appareil qui extrait l'eau restée prisonnière des saumures d'urine. Dépasser ce seuil, avec une consommation d'énergie maîtrisée, est précisément l'objectif d'une marche du catalogue (voir la marche J-CRW-04) ; les mêmes unités compactes intéresseraient les villes en manque d'eau et les camps de réfugiés.
Les légendes à oublier
Certains objets passent à tort pour des inventions spatiales. La NASA elle-même rétablit les faits : la boisson Tang a été mise au point par General Foods en 1957, avant d'être popularisée par John Glenn en 1962 ; la fermeture Velcro a été inventée dans les années 1940 par un ingénieur suisse ; le Téflon a été découvert par DuPont en 1938. L'espace les a rendus célèbres, il ne les a pas créés.
D'autres exemples sont bien réels. La mousse dite « à mémoire de forme » a été développée en 1966, dans le cadre d'un contrat du centre Ames de la NASA, pour amortir les chocs dans des sièges d'avion. On la retrouve aujourd'hui dans les matelas et les coussins.
Des retombées qui ne se décrètent pas
Aucun de ces succès n'était prévu au départ. Ils sont nés d'un problème difficile, d'une équipe qui l'a résolu et d'un mécanisme de transfert, licences et créations d'entreprises, qui a permis à d'autres de s'en emparer. La question reste ouverte pour les recherches d'aujourd'hui : quelles technologies inventées pour aller plus loin, plus léger, plus longtemps, deviendront demain des objets ordinaires ?