Copernicus : l'Europe braque ses satellites vers la Terre
Radar qui voit à travers les nuages, caméras qui suivent la santé des cultures, capteurs qui mesurent la pollution de l'air : les satellites Sentinel observent la planète, et leurs données sont ouvertes à tous.
Le 28 septembre 2026, le typhon Surigae traverse la mer des Philippines. Vu d'en haut, il n'est qu'une immense spirale de nuages. Pourtant, une image prise ce jour-là par le satellite européen Sentinel-1 montre la surface de la mer sous les nuages : un œil calme au centre, et autour, des anneaux de mer démontée là où les vents dépassent 240 km/h. Ce satellite n'utilise pas la lumière visible, mais un radar. Il fait partie de la flotte du programme Copernicus, le système européen d'observation de la Terre.
Une famille de satellites spécialisés
Copernicus est le programme d'observation de la Terre de l'Union européenne. L'Agence spatiale européenne (ESA) y conçoit les satellites Sentinel, regroupés en familles qui ont chacune leur spécialité :
- Sentinel-1 emporte un radar, qui fonctionne de jour comme de nuit et voit à travers les nuages ;
- Sentinel-2 photographie les terres émergées dans le visible et l'infrarouge proche ;
- Sentinel-3 surveille les océans, les terres et le climat ;
- Sentinel-4, Sentinel-5 et Sentinel-5P mesurent la composition de l'atmosphère et la qualité de l'air ;
- Sentinel-6 mesure la hauteur de la surface des océans.
La flotte se renouvelle en permanence. En 2026, un nouveau satellite Sentinel-3 a été lancé par une fusée Vega-C, avec la mission scientifique FLEX de l'ESA. D'autres missions, dites d'expansion, sont en préparation pour élargir la gamme des mesures.
Des données ouvertes à tous
La grande originalité de Copernicus est sa politique de données. Les images et mesures des Sentinel sont libres et gratuites : un chercheur, un agriculteur, une collectivité, un enseignant ou un simple curieux peut les télécharger, notamment par la plateforme Copernicus Data Space Ecosystem. Des services thématiques en tirent aussi des produits prêts à l'emploi, dans six domaines : les urgences, le climat, l'atmosphère, le milieu marin, les terres et la sécurité.
Ce choix a fait naître tout un écosystème d'applications. Il permet aussi à chacun de vérifier par lui-même ce que disent les images : une crue, une coupe forestière, l'étendue d'un incendie.
Et sur Terre ? Ce que l'on voit d'en haut
Les inondations. Une surface d'eau calme renvoie très peu l'onde radar vers le satellite : elle apparaît sombre sur l'image. En comparant une image radar prise pendant une crue avec une image prise avant, on délimite les zones inondées, même sous un ciel couvert, ce qui est la règle pendant les épisodes de fortes pluies. Ces cartes aident les secours à savoir où intervenir.
L'agriculture et la végétation. Les plantes en bonne santé réfléchissent fortement l'infrarouge proche. Sentinel-2 mesure ce rayonnement avec une résolution de 10 mètres : sur ses images en fausses couleurs, la végétation ressort en rouge. Suivie au fil des semaines, cette mesure révèle la croissance des cultures, les effets d'une sécheresse ou l'avancée d'une déforestation.
Les glaces. Les images répétées, radar ou optiques, permettent de suivre l'écoulement des glaciers, l'extension de la banquise et le vêlage des icebergs, des indicateurs directs du réchauffement.
L'air et les volcans. Les capteurs atmosphériques cartographient des polluants comme le dioxyde d'azote, au-dessus des villes et des axes de circulation. Ils suivent aussi les panaches volcaniques : début septembre 2026, Sentinel-3 a photographié celui de l'Anak Krakatau, en Indonésie, dont l'éruption a perturbé le trafic aérien de Jakarta.
Et vers les étoiles ?
Plus il y a de satellites, plus il y a de données à rapatrier, et plus il faut les traiter vite quand une catastrophe survient. Deux marches d'Anthropolaris répondent à ce besoin en préparant l'exploration lointaine : un réseau de stations au sol capables de recevoir des données par laser, qui téléchargeraient en quelques minutes les images d'observation de la Terre (voir la marche H-LNK-03), et des calculateurs embarqués qui repèrent à bord feux et inondations pour n'envoyer que l'essentiel (voir la marche F-INT-10).
Un regard qui s'affine
L'observation de la Terre depuis l'espace mesure déjà bien plus que des paysages : humidité des sols, température des océans, gaz à effet de serre. Les prochaines générations de Sentinel doivent en ajouter d'autres. Le défi n'est plus seulement de voir, mais de transformer ce flot de mesures en décisions rapides et utiles, pour une vallée menacée par une crue comme pour l'ensemble du climat de la planète.